Le jour où j’ai dis aurevoir au unschooling…

(NB : Je ne tiens en aucun cas à discréditer la pédagogie/philosophie qu’est le unschooling. Certaines personnes auront des expériences extraordinaires à raconter, d’autres, comme moi n’auront pas pu tirer beaucoup de positif. Chaque famille est unique, tout comme chaque enfant est unique également. Il faut écouter son coeur et ses enfants et suivre le chemin de vie le plus approprié pour nous.)

 

Il y a presque un an de cela, lors de la 1re année de ma grande (CP), ma profonde remise en question a débuté. J’ai réellement pris le temps de réfléchir à nos choix éducatifs pour nos enfants et à la route que nous avions commencé d’emprunter.

 

Cette année est notre 3e année de scolarisation à la maison et j’ai décidé de tourner officiellement la page. Aurevoir unschooling! Je n’ai jamais prétendu être une radicale du unschooling (Puisque je ne l’ai jamais pleinement appliqué dans notre vie en tant que philosophie.), mais plutôt un mélange unschooling (liberté, jeu libre, apprentissages lors de voyages, de visites dans des musées, de laisser les enfants être passionnés, etc) et de Charlotte Mason (narration, copywork, nature study, littérature de qualité, appréciation de l’art, de la musique, place de choix pour la Bible dans nos vies, etc.). Je croyais en ayant pris le meilleur des deux pédagogies, avoir trouver la parfaite harmonie, la méthode hybride parfaite pour mes enfants, mais j’avais tort. À l’époque, j’avais été charmée par le unschooling de par la liberté qu’il offre aux enfants. J’ai ensuite fait la connaissance de Charlotte Mason et j’ai été charmée à nouveau, de par son grand amour de la littérature, de l’art et de la nature, cependant je n’étais pas sûre pour la structure avec des matières imposées.

 

Autant pour le unschooling que pour Mason, l’enfant est au coeur des apprentissages. L’enfant est une personne unique et devrait être traitée ainsi. Pour Mason, l’éducation est un énorme festin. Partant de cette idée, pour le unschooling l’enfant va au buffet et dicte aux cuisiniers le menu qui sera préparé, tandis que pour Mason c’est au parent de préparer avec soin et ordre un délicieux menu varié et sain. Les enfants sont libres de faire des choix dans ce buffet, de créer des relations personnelles avec les idées présentes, mais les idées resteront toujours présentées avec soin et ordre. C’est avec du recul que j’ai compris qu’au plus profond de moi, je tiens à ce que mes enfants soient mis en contact avec toute la beauté de notre monde, que ce soit en arts, en littérature, en histoire, mais aussi dans la nature, en langues, bref, je ne peux me permettre de les laisser mener entièrement le bateau selon leurs envies du moment. De les laisser conduire serait une énorme perte pour eux. Le monde est trop beau et rempli de richesses pour ne pas prendre le temps de l’observer et de le comprendre. Ce qui m’avait surtout plu avec le unschooling est la place de la liberté, celle de poursuivre des passions, d’être créatifs et pour l’enfant d’explorer des sujets dont il a envie. Ce que j’ai appris au fil de mes lectures est que pour Mason aussi, il y a de nombreuses heures par jour qui sont justement pour l’enfant afin qu’il prenne le temps de vaquer à ses passions.

 

Au fil du temps, j’en suis également venu à comprendre que certains sujets nécessitent de l’organisation et qu’ils ne peuvent être appris correctement et en profondeur que si on y met réellement du temps de façon organisée et non pas laisser ces sujets être vus ici et là, au travers de la vie quotidienne comme prône le unschooling. Par exemple, pour moi l’histoire est essentielle à l’homme, non pas comme simple matière, mais parce qu’elle est qui nous sommes et seulement avec une bonne connaissance du passé que nous serons en mesure de créer un futur plus radieux. Je ne veux pas et ne peux pas me permettre de laisser mes enfants apprendre l’histoire de l’humanité simplement ici et là, au fil de leurs envies. Ils risqueraient de ne couvrir qu’une infime partie de notre histoire. Pareillement pour d’autres sujets, que ce soit les grands classiques de la littérature, la Bible, l’étude de la nature, les compositeurs classiques, les grands artistes, la poésie, etc. Je crois que l’enfant doit avoir la petite poussée nécessaire pour l’apporter dans cet univers riche dans lequel il partira à la découverte de tout ce que le monde a à offrir. Le parent doit offrir un environnement riche et varié et réellement inclure l’enfant et non pas simplement laisser l’enfant être en charge de comment et quand il a envie de le faire. Ne croyez pas que je n’offrais pas ce festin varié avant aujourd’hui, loin de là, j’ai toujours offert une grande variété d’occasions à mes enfants. Malgré leur jeune âge, ils ont voyagé dans plusieurs pays, ont vu un grand nombre de musées en tous genres, d’expo, de sites historiques, de spectacles, ont été en contact avec du grand art, de la littérature classique, etc. et cela ne changeras jamais. Je n’ai jamais laissé mes enfants à eux même, sans guide pour les aider à avancer, j’ai toujours été à leurs côtés. Ce que j’ai principalement décidé de changer est le fait que ce n’est plus eux qui pioche un peu ici et un peu là, mais moi qui inclus la richesse de la vie à l’horaire de tous les jours.

 

J’ai finalement dû m’admettre que la structure était importante pour moi et qu’elle était d’autant plus importante pour mes enfants, qui non seulement ont besoin de structure puisqu’ils ne sont pas des adultes miniatures, mais bien des enfants sans notre expérience de vie, mais qui ont des différences nécessitant une forme de structure. Avec Mason, mes enfants ont un sain équilibre entre la structure et la liberté. Sans aucune structure, l’enfant peut rapidement perdre son temps ou son énergie, devenir frustré, découragé ou même perdre son intérêt d’apprendre. J’ai pu observer cela au travers ma grande fille qui est autiste (avec déficit d’attention, troubles sensoriels, etc.), très intelligente, curieuse, créative et passionnée. Sans aucune structure, elle devient extrêmement rapidement blasée, elle perd intérêt pour tout. Je l’ai même vu perdre intéret pour le dessin, sa plus grande passion, pour être dans la nature et pour la lecture, ses autres amours. À ce moment-là, j’ai vu l’impact négatif de ma décision de laisser entrer le unschooling dans nos vies. En ramenant un brin de structure, je l’ai vu se rallumer, retrouver intérêt pour ses passions. Son feu sacré s’était mis à brûler à nouveau en elle. Parfois, certains enfants n’ont pas la motivation par eux-même pour avancer de l’avant, sans structure, c’est le chaos et tout s’écroule.

 

Il y a un autre point sur lequel j’ai compris que le unschooling ne nous apportait pas les bienfaits espérés, soit la difficulté de voir la progression des apprentissages. Il est plus difficile sans structure de voir où l’enfant est rendu dans son cheminement et de pouvoir adéquatement l’aider en cas de problèmes. De plus, il y a des sujets qui ne peuvent pas être efficacement vus par l’enfant seul, prenons les mathématiques par exemple, ou bien l’apprentissage de la lecture ou d’une calligraphie soignée.

 

Le chaos a aussi pris le contrôle de ma vie de maman et mon anxiété a depassé tous les niveaux imaginables. Sans structure, ce n’est pas seulement mes enfants qui sont pénalisés, mais je le suis grandement aussi. J’ai passé de terribles nuits, eu des migraines sans bon sens et j’ai fini par être emportée par ce tourbillon. Avec Mason, j’ai vu la fin de ce cauchemar. J’ai besoin au moins d’un minimum d’organisation dans ma vie pour bien fonctionner et c’est pareil pour mes enfants. Au courant de l’année scolaire qui s’est terminée, j’ai eu de longues réflexions sur mon rôle de mère, ce que je pouvais améliorer, mais aussi ce que je pouvais retirer de ma vie afin de la rendre plus harmonieuse. J’ai dû mener un combat contre cette pression que je m’imposais, les sentiments de culpabilité et d’échec issus de la comparaison avec les autres et au final, j’ai décidé que le unschooling n’était vraiment plus le bienvenu dans notre famille. En hiver passé, j’ai sombré plus que jamais dans une sorte de dépression/épuisement parental, non pas par surcharge de travail, mais plutôt causé par le chaos de nos choix éducatifs. Après deux violentes crises de panique où je croyais que j’allais mourrir, j’ai dû prendre le temps pour réellement remettre notre vie en question. Je l’ai compris en prenant du recul et en analysant la situation. Nous étions perdus dans un tourbillon malsain, je me sentais écrasée et tellement coupable en même temps. J’étais en train de créer des monstres avec mes enfants et ca ma complètement anéantie de réaliser cela. Je voulais retrouver mes enfants souriants, passionnés, créatifs et pleins de vie que j’avais toujours eue avant de laisser un peu trop de place au unschooling. Avec de la structure et la reprise de mon autorité, j’ai finalement réussi à retrouver mes enfants tels qu’ils avaient toujours été auparavant. Le climat dans la maison est tellement plus calme, harmonieux et mes migraines et crises d’anxiété ont considérablement diminué. J’ai pris le temps de me recentrer, de vivre pleinement ma foi et j’ai aussi décidé de retrouver le sourire moi aussi!

 

Cette nouvelle année scolaire qui commence sera beaucoup plus agréable et entièrement selon la philosophie/pédagogie Charlotte Mason. Je continue quand même d’être la même maman, passionnée de musées, de voyages, et de découvertes. Mes enfants seront donc encore autant exposés à toutes ces merveilles. Nous venons d’ailleurs de revenir du Mexique et nous partons fin janvier en Espagne et au Maroc. Nous allons continuer de visiter autant de musées, d’expositions, de spectacles, de visiter des grottes, de faire des randonnées en famille, bref, cet aspect de nous ne changera jamais. Je vais toujours croire fermement aux bénéfices des apprentissages au travers de la vie, mais en laissant une grande place à l’organisation et à une richesse de sujets couverts. Charlotte Mason me rejoins beaucoup plus sur tous les points et m’apporte une paix d’esprit qu’aucune autre philosophie de vie (puisque ce n’est pas qu’une pédagogie) ne peut m’offrir.

 

La vie est une longue route sur laquelle on avance, parfois on recule, d’autres fois nous sommes arrêtés et où il y a du changement. J’ai cheminé en tant que mère depuis le premier jour de notre belle aventure qu’est le homeschooling et aujourd’hui je suis heureuse d’avoir finalement trouvé le bon chemin pour nous. Le nôtre est différent du vôtre et c’est parfait ainsi. Chaque famille est différente et se doit de suivre le chemin adéquat pour elle, et non pas en se basant sur les autres.

 

*

À bientôt!

Pour vous également lire mon Bilan de l’année scolaire 2017-2018 .

6 thoughts on “Le jour où j’ai dis aurevoir au unschooling…

  1. Je me retrouve un peu dans ton texte. Je me suis vite rendue compte après juste un an d’AEF pour la “maternelle” de mon fils avec sa soeur de 18 mois sa cadette que sans structure, je courais vers la chaos et sûrement vers ce que tu as vécu… J’ai rectifié le tir et je me suis monté un programme avec diverses inspirations. Je garde quand même en tête le respect du rythme et je ne force pas les choses. Je propose et j’insiste un peu plus quand il le faut, sinon je ne vais pas plus loin et je garde pour plus tard. Mes enfants apprécient ces moments “structurés” et moi aussi! Merci de partager, cela va sûrement aider des mamans ou familles qui se retrouvent dans cette réflexion!

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  2. En fait je parle de ma plus vieille fille dans le texte aussi. Je le dis plus d’une fois que je l’ai vu s’éteindre à cause du unschooling. Pour ma part, mon anxiété je la cache très bien et ne la déverse pas sur mes enfants. J’apporte un climat très calme et serein, ce sont mes enfants eux-même qui ont créer un environnement beaucoup moins agréables de part le fait d’être devenu blasés, désintéressé… ils en sont venus à beaucoup plus de chicanes, etc. Ce n’est pas pour moi la structure (bien que j’aime la structure et qu’elle me fait du bien), mais pour le bien de mes enfants, surtout avec ma grande qui est autiste et qui sans structure fonctionne très mal… fiston aurait eu le même problème de part son tdah et sa sévère impulsivité.

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